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La Croix-Rouge haïtienne en première ligne

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25 février 2010
Alex Wynter et José Manuel Jiménez à Port-au-Prince

Haïti : loger les sans-abri

 

Les équipes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge spécialisées dans l’hébergement, qui travaillent sans relâche à Port-au-Prince en vue de fournir des logements aux sans-abris victimes du tremblement de terre du 12 janvier, ont mis la dernière main à un projet de module d’habitation de base à ossature bois.

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge procurera les matériaux de construction pour un premier lot de 1000 petites maisons, lesquels seront acheminés par camions depuis la République dominicaine au début du mois prochain. Des matériaux pour plusieurs milliers de logements supplémentaires devraient être disponibles d’ici la fin avril.

Un certain nombre de Haïtiens au moins pourraient ainsi emménager dans leurs nouveaux logements avant le 1er juin, qui marque traditionnellement le début de la saison des ouragans dans les Caraïbes. En revanche, il y a peu de chances qu’on dispose d’un nombre significatif de maisons Croix-Rouge et Croissant-Rouge avant le 1er avril, date qui signale en principe l’arrivée de la saison des pluies.

Un pas en avant

“Nous avons encore beaucoup de chemin à faire”, déclare Corinne Treherne, chef de l’équipe abri au camp de base de la Fédération internationale à Port-au-Prince. “Mais, cette semaine, nous avons fait un sérieux pas en avant.”

Sandra d’Urzo, conseillère pour les abris à la Fédération internationale à Genève, explique que le prototype développé à Port-au-Prince est basé sur une ossature bois légère capable d’absorber les secousses des répliques sismiques qui continuent de se produire.

“Nous avons également travaillé ces dernières semaines au camp de base sur différentes techniques simples qui garantissent une certaine résistance aux tempêtes, comme des ‘sangles anti-ouragan’ pour arrimer les toitures ou des étais croisés.”

Le béton meurtrier

“Avant le tremblement de terre, le principe de la réduction des risques n’était guère appliqué dans les techniques du bâtiment. Mal et insuffisamment ferraillé, le béton a tué une multitude de gens.”

La Fédération internationale prévoit de construire au total quelque 20 000 maisons de transition avec des matériaux (principalement du bois) acheminés en Haïti par l’unité de logistique du camp de base de Port-au-Prince.

L’assortiment de matériaux standards – bois, tôles pour les toitures, bâches en plastique pour les murs ou les sols, clous et autres fournitures – permettra de bâtir des abris relativement robustes de 12 mètres carrés qui pourront être déplacés et agrandis en fonction des circonstances.

Les bâches distribuées au cours des deux derniers mois pourront être conservées pour augmenter la surface habitable.

Abris de base

Les abris de base seront mis à la disposition de sinistrés aussi bien dans les zones urbaines que rurales. Une phase ultérieure verra la construction de maisons transitoires plus spacieuses (24 mètres carrés) destinées aux zones rurales ou aux zones urbaines à relativement faible densité de peuplement.

Une maison-témoin a été érigée lundi dernier au camp de base. Sa construction a demandé 24 heures seulement. Les travaux ont été supervisés par Pierre Marie Gerard, un charpentier de 29 ans recruté par la Croix-Rouge haïtienne.

“Quand le tremblement de terre s’est produit, nous nous sommes tous précipités dans les rues”, raconte-t-il. “En quelques minutes à peine, nous avions tout perdu.”

Reconstruction

Gerard a organisé environ 300 habitants du voisinage en un groupe qui s’est installé sur un espace évalué à un millier de mètres carrés. Si l’on se fonde sur les normes internationales minimales qui préconisent une surface de 30 mètres carrés par personne, il en aurait fallu neuf fois plus.

“A ce moment-là, la seule priorité absolue était de sauver des vies”, souligne Gerard.

Après que le campement improvisé eut commencé à recevoir un peu d’aide, Gerard, qui participait depuis quatre ans à des projets sociaux à Port-au-Prince, a pris contact avec la Croix-Rouge haïtienne et lui a transmis une liste des familles installées dans le campement.

“Je suis avant tout un Haïtien et, malgré l’horreur de cette catastrophe, je suis enthousiasmé à l’idée de pouvoir contribuer à construire une nouvelle Haïti”, déclare-t-il.

Gerard espère que, dans une modeste mesure, le projet de logements de transition de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge encouragera ses concitoyens à s’engager activement dans cet effort.

Une nouvelle Haïti

Gerard s'emploie en ce moment à recruter d’autres travailleurs pour le projet de la Fédération internationale, qui attache la plus grande importance à une utilisation maximale de main d’oeuvre locale.

“Je veux que le monde ait une autre vision de nous”, conclut-il. “Je rêve d’une nouvelle Haïti.”

Récemment, une équipe d’ingénieurs du bâtiment travaillant pour le compte de la Croix-Rouge française est arrivée à Port-au-Prince afin d’examiner et, si possible, de consolider différents bâtiments qui intéressent le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Cela comprend les locaux de la Croix-Rouge haïtienne et des hôpitaux où certaines Sociétés nationales ont opéré pendant la phase d’urgence qui a suivi immédiatement le tremblement de terre.

 

23 février 2010
José Manuel Jiménez, Fédération internationale, à Saint-Domingue

En République dominicaine, “nous devons nous mettre dans la peau des Haïtiens”

 

“J’ai senti la terre trembler chez moi à San Cristobal, mais je n’aurais jamais imaginé qu’une catastrophe aussi terrible s’était produite”, raconte Elizabeth Payamo, une volontaire de la Croix-Rouge dominicaine âgée de 17 ans.

“Quand j’ai découvert l’ampleur des dévastations à la télévision, je suis aussitôt allée au siège de la Croix-Rouge à Saint-Domingue pour savoir comment je pouvais aider. Cette tragédie m’a très profondément touchée.”

Elizabeth partage aujourd’hui son temps entre ses études secondaires dans la soirée et son activité de volontaire pendant la journée. Depuis le début de l’opération d’urgence, elle est rattachée à l’unité d’intervention d’urgence (ERU) de la Croix-Rouge britannique qui réceptionne les secours internationaux en République dominicaine et organise leur acheminement en Haïti.

“Elle est totalement dévouée à son travail”, déclare Peter Glasper, membre de l’équipe de logistique britannique. “Elle n’a pas pris un seul jour de repos en près d’un mois. En dépit de son très jeune âge, c’est vraiment une volontaire modèle.”

Pas de simples voisins, mais des frères

Durant la phase initiale de l’opération, les secours Croix-Rouge et Croissant-Rouge s’amassaient en République dominicaine. Depuis, les routes vers Haïti ont été dégagées et les formalités douanières écourtées, si bien que l’aide circule maintenant de manière beaucoup plus fluide, expliquent les membres de l’ERU.

Aujourd’hui, un quart environ de l’assistance du Mouvement pour Haïti transite par Saint-Domingue, une ville dont les habitants, comme tous les Dominicains, ont eux-mêmes contribué très généreusement à atténuer les souffrances des Haïtiens avec qui ils partagent l’île caraïbe d’Hispaniola.

“Nous devons regarder les Haïtiens comme des frères et non pas comme de simples voisins”, affirme Adalberto Suazo, qui travaille depuis six ans à la Croix-Rouge dominicaine. “Depuis le 12 janvier, beaucoup de gens sont venus offrir leurs services comme volontaires, transcendant complètement les différends historiques entre nos deux pays”, poursuit-il.

“Nous devons nous mettre dans la peau des Haïtiens et faire tout notre possible pour les aider. Le tremblement de terre a laissé une forte empreinte dans les esprits de nos concitoyens. On en parle sans cesse dans les rues de Saint-Domingue. Tout le monde est entièrement accaparé par la tragédie du peuple haïtien.”

Disciplinés, mais chaleureux

Les employés de la Croix-Rouge dominicaine se disent heureux d’avoir vécu l’expérience de travailler avec l’ERU britannique.

“Nous avions toujours cru que les Britanniques étaient des gens plutôt froids”, explique l’un d’entre eux. “Mais nous avons découvert qu’ils sont capables d’être à la fois disciplinés et chaleureux.”

Chaque jour, l’ERU expédie au moins huit camions chargés de médicaments, de bâches, de tentes et même de véhicules destinés à l’opération d’assistance de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dont le quartier général est installé au camp de base de la Fédération internationale à Port-au-Prince.

En coopération avec le Foreign and Commonwealth Office du Royaume-Uni, la Croix-Rouge britannique a également détaché à Port-au-Prince une équipe de soutien psychosocial chargée d’offrir une aide pratique et émotionnelle aux citoyens britanniques affectées par le tremblement de terre.

 

 


18 février 2010


Alex Wynter à Léogâne, Haïti

‘Pou yon Ayiti nouvo, yon Leogane tou nef’

 

La phrase inscrite sur le mur de l’église gravement endommagée qui domine la place du marché de Léogâne résume bien le sort cruel subi par cette ville côtière à l’ouest de Port-au-Prince. Si on considère généralement que 20 pour 100 des bâtiments de la capitale ont été irrémédiablement détériorés, la proportion atteint en effet 90 pour 100 à Léogâne.

“Nous avons besoin d’une nouvelle Haïti, mais d’une Léogâne entièrement neuve”, dit en substance ce graffiti en créole.

En parcourant les rues du port méridional de Jacmel, dont le charme légendaire a survécu à la catastrophe, on imagine sans peine cette ville reconstruite.

En revanche, quand on demande à Robeny Leandre, 42 ans, qui a perdu dans le tremblement de terre sa boutique et sa maison – mais, par bonheur, pas sa famille – ce qu’il adviendra de Léogâne, il répond: “Dieu seul le sait”.

Le marché, qui offrait une relative protection contre les incessantes répliques sismiques, s’est transformé du jour au lendemain en une sorte de bidonville surpeuplé.

Camp de base

Aujourd’hui encore, à Léogâne, les habitants hésitent à entrer ne serait-ce qu’un instant dans celles des maisons qui n’ont pas été entièrement rasées. Ne parlons même pas d’y dormir!

“Je rentre en coup de vent chez moi pour attraper des vêtements et autres objets, puis je ressors tout aussi rapidement”, raconte Leandre.

Sa petite épicerie, en face de la maison d’habitation, tient encore debout, mais sans doute pas pour bien longtemps à en juger par les fissures béantes qui strient les murs de haut en bas.

Quant à la maison: “personne n’est venu nous dire si elle est sûre, mais je connais la réponse”.

Robeny, sa femme et leurs deux fils John, 16 ans, et Charlie, 15 ans, sont tous sortis indemnes de la catastrophe. Les écoles étant fermées, un des problèmes de la famille, comme de tant d’autres dans le sud sinistré, consiste à trouver des occupations pour les adolescents désoeuvrés.

Léogâne abrite le deuxième camp de base de la Fédération internationale par ordre de grandeur. Des unités d’intervention d’urgence (ERU) austro-croate (assainissement), franco-finlandaise (secours) et espagnole (eau) y assurent des services humanitaires variés et étroitement coordonnés. Tous les délégués savent qu’ils opèrent sur un terrain devenu sacré.

Manuels scolaires, jouets, chaises

Sur toute la longueur du camp s’étire un monticule de gravats ratissés par les bulldozers, à la surface duquel on distingue encore des manuels scolaires, des jouets, des chaises, des fragments de pupitres. C’est tout ce qui reste de l’Ecole des Soeurs de Léogâne, un établissement primaire dont une cinquantaine d’élèves ont péri le 12 janvier, sur un effectif total de 350.

Cet entassement de vestiges est un permanent et douloureux rappel de la terrible tragédie qui a frappé la population haïtienne.

Et une nouvelle menace plane déjà à l’horizon: la saison des pluies.

“Nous avons commencé à tirer des plans et à prendre quelques mesures de précaution”, explique Tom Russell, un délégué britannique qui travaille avec l’ERU franco-finlandaise. “Nous allons surélever du sol nos génératrices et veiller à ce que les caniveaux et rigoles restent bien dégagés afin que l’eau puisse s’écouler librement autour et hors des campements.”

Dans le camp de base, il n’y a pas de tentes d’habitation importées. Tous les délégués dorment sous des tentes individuelles qu’ils ont eux-mêmes amenées, coincés entre les équipements des ERU sur de petites plaques d’herbe où, tout récemment encore, les élèves des Soeurs de Léogâne jouaient pendant les récréations. Ils se nourrissent de repas en sachet-cuisson et vivent dans le vacarme permanent des génératrices qui alimentent les installations de traitement de l’eau de l’ERU espagnole.

A Léogâne, le travail dans le cadre de l’opération d’assistance de la Croix-Rouge est éprouvant, tant physiquement que sur le plan émotionnel.

Le spectre de la saison des pluies

Eric Rossi, chef de l’ERU de la Croix-Rouge française, ne prend pas à la légère la menace que représente l’imminente saison des pluies. Il a demandé à son équipe de travailler sur l’hypothèse d’un début des précipitations à la mi-mars, ce qui donne une marge de deux semaines par rapport à la date de référence.

“Un de nos gros problèmes est que les campements improvisés ont été aménagés sur des terrains inondables et que ceux-ci continuent de se remplir avec l’arrivée de familles épuisées par la lutte pour survivre à proximité des ruines de leurs maisons.”

La Fédération internationale a opté pour un maximum de flexibilité dans sa stratégie d’hébergement à Léogâne, où l’espace est moins limité qu’à Port-au-Prince. En complément des distributions de bâches à grande échelle, elle se prépare à fournir aux sinistrés plusieurs centaines de tentes provenant de la Croix-Rouge danoise.

“Dans les campagnes environnantes, beaucoup de gens n’ont pour tout abri que des draps tendus sur des branches”, explique Rossi. “Pour améliorer un peu leur sort, nous avons distribué des poteaux de bois à 400 familles.”

Solidarité

Les délégués de la Croix-Rouge espagnole Gonzalo Martitegui et Alvaro Garlaschi, deux Madrilènes âgés de 30 ans, se battent avec les génératrices et autres machines nécessaires au traitement de l’eau. Le bruit est assourdissant et les deux hommes essuient régulièrement la sueur qui dégouline dans leurs yeux.

Garlaschi se distingue de son camarade par son T-shirt de la Croix-Rouge haïtienne, un signe de solidarité avec le peuple haïtien qui devient de plus en plus difficile à trouver.

 

 

17 février 2010 

Bonnie Gillespie, Mat Morgan et Alex Wynter à Jacmel, Haïti

Evaluation humanitaire en Haïti: un travail éprouvant

Ce n’est que la seconde fois en quatre ans que Marion Nelson participe à une évaluation sur le terrain, mais on ne peut que lui souhaiter de n’avoir pas à revivre avant longtemps une expérience aussi éprouvante sur le plan physique aussi bien qu’émotionnel.

Cette volontaire de la Croix-Rouge haïtienne âgée de 23 ans fait équipe avec Mark Smith, un délégué secours chevronné de la Croix-Rouge américaine, pour une évaluation des dommages et des besoins dans les quartiers sinistrés de la ville portuaire de Jacmel, au sud de Haïti.

Tous deux ont la difficile tâche de décider qui, parmi les rescapés du tremblement de terre, bénéficiera d’une aide en matière d’hébergement et de secours non alimentaires dans le cadre de l’opération de la Fédération internationale soutenue par les Croix-Rouge canadienne et américaine. Et qui en sera privé.

Dans le quartier déshérité de Monchil 1, pratiquement chaque maison a subi des dommages, mais certaines ont souffert beaucoup plus que d’autres. Si tous les foyers d’une rue donnée recevaient leur part des secours disponibles – tentes familiales, moustiquaires, couvertures, jerricans, ustensiles de cuisine et articles d’hygiène –, il n’y en aurait pas assez pour couvrir l’ensemble de la zone affectée.

C’est pourquoi l’aide doit être répartie le plus judicieusement possible. Miriam et Mark ont un rôle particulièrement ingrat à assumer dans ce processus.

Les esprits s’échauffent

Parfois, c’est inévitable, un “non” est très mal accueilli. Les esprits s’échauffent, le ton monte et, en de rares occasions, on en vient aux mains.

“C’est très dur”, confirme Mark. “La meilleure façon de calmer les gens est de leur montrer que nous prenons très au sérieux notre mission. Nous ne pouvons pas consacrer beaucoup de temps à chaque foyer, mais nous examinons sa situation avec la plus grande attention.”

De fait, Mark, qui a appris le français au Nigeria parce qu’il désirait pouvoir travailler aussi dans les pays francophones environnants, s’acquitte de sa tâche avec une combinaison presque miraculeuse de gentillesse, de fermeté et d'efficacité.

A Jacmel, la consigne reste toujours de dormir à l’extérieur des bâtiments et il y a peu de chances qu’elle soit levée tant que la poignée d’ingénieurs dont disposent les pouvoirs publics n’aura pas pu visiter la totalité des maisons de la ville.

Dans l’intervalle, une tente familiale constitue un équipement très convoité. A Jacmel, on en a déjà distribué 1500 et 500 autres sont encore disponibles. Ensuite, on passera aux bâches, puis à ce que la communauté humanitaire appelle des “logements de transition” – de petites habitations à ossature de bois le plus souvent, bâties en utilisant de la main d’oeuvre et des matériaux locaux.

“Certaines de ces communautés n’ont pas reçu la moindre assistance en un mois”, note Chiran Livera, délégué secours à la Croix-Rouge canadienne. “Les besoins sont énormes et il est très difficile de déterminer ceux qui sont inhérents à la misère ambiante et ceux qui résultent du tremblement de terre. Mais nous sommes obligés de le faire.”

Aux femmes seulement

D’autres agences humanitaires se sont focalisées sur les campements des environs (Pinchina, le plus vaste, avec quelque 4000 résidents, Wolf 1, 2 et 3, et Place Publique) où sont massés des rescapés du tremblement de terre.

Les quartiers plus gravement touchés encore de Portail Léogâne et Bassin Caïman ont maintenant été évalués par la Fédération internationale en vue de distributions de secours.

Toujours à Jacmel, la Croix-Rouge dominicaine a installé 36 citernes d’eau potable et la Croix-Rouge espagnole poursuit différentes formes d’activités.

Le programme Croix-Rouge de matériel pour abris et de secours non alimentaires devrait bénéficier à un quart au moins des quelque 12 000 familles qui, selon le gouvernement, ont été affectées par la catastrophe à Jacmel.

Un peu plus haut dans la rue où Mark et Miriam effectuent leur pénible travail d’évaluation qui se poursuivra de l’aube au crépuscule, la seconde distribution est en cours. Les femmes enregistrées la veille par Mark et Miriam collectent leurs secours dans un lieu sécurisé comprenant une entrée et une sortie séparées.

Le projet se conforme à ce qui est en voie de devenir une pratique humanitaire systématique en Haïti, à savoir, de distribuer l’aide uniquement aux femmes.

Nouveau-nés

“Une chose qui me frappe dans mes tournées, c’est le nombre inaccoutumé de nouveau-nés”, rapporte Mark. “Je ne peux pas m’empêcher de songer que certaines de ces naissances ont été provoquées prématurément par le stress résultant du tremblement de terre.”

A Monchil 1, Claude et Camita Toussaint ont deux motifs de se réjouir: ils ont été sélectionnés par Mark et Miriam pour recevoir des secours et la famille s’est agrandie le 13 janvier, lendemain du tremblement de terre, avec la naissance d’Esperanzia, leur second enfant.

A Jacmel comme dans toute la région, la tragédie a semé la mort et la destruction, mais de nouvelles vies ont fait renaître aussi l’espoir.

 

 

16 février 2010 

Alex Wynter à Mirebalais, Haïti

La Croix-Rouge haïtienne reprend les collectes de sang dans la zone sinistrée

 

Le docteur Sherley Bernard estime que la pénurie de sang a provoqué quotidiennement la mort d’au moins dix blessés pendant les jours qui ont suivi le tremblement de terre du mois dernier.

Si le bilan n’a pas été plus lourd encore, c’est en bonne partie grâce au Club 25 de la Croix-Rouge, un réseau d’environ 4000 jeunes gens qui donnent régulièrement leur sang – une poche tous les quatre mois pour les hommes, tous les trois mois pour les femmes.

Le week-end dernier, la Croix-Rouge haïtienne a organisé sa première campagne de don du sang dans la zone sinistrée depuis la tragédie du 12 janvier.

Le docteur Bernard, 29 ans, coordinatrice du programme jeunesse de la Société nationale, a supervisé une collecte à Mirebalais, une petite ville située à une soixantaine de kilomètres au nord de Port-au-Prince, dans la province du Centre. Elle-même a réchappé de peu à la catastrophe.

“J’étais en train de préparer le dîner à la maison quand ça a commencé” raconte-t-elle, élevant un peu la voix pour couvrir le bruit de la sono qui a été installée sur la terrasse de la section Croix-Rouge de Mirebalais afin d’inciter un maximum de gens à venir donner du sang.

“J’ai tout de suite compris que c’était un tremblement de terre”, poursuit-elle. “J’ai immédiatement éteint la cuisinière et me suis précipitée dans la cour avec ma soeur et ses deux enfants.”

Quelques fissures

Les deux femmes avaient décidé de ne pas aller dans la rue, craignant que l’immeuble de bureaux bâti tout récemment à côté de chez elles ne s’effondre. Elles sont donc restées dans la cour, regardant leur maison osciller sur ses bases comme un bloc de gelée. Hormis quelques fissures, l’habitation est intacte.

“Nous avons fait venir un ingénieur qui nous a affirmé que la maison est sûre, mais nous continuons de dormir sous tente dans notre cour”, explique Sherley Bernard.

Cependant, dans une salle du bâtiment de la Croix-Rouge à Mirebalais, Pitina Friscot, un infirmier expérimenté de 35 ans, accueille les premiers membres du Club 25. Employé à plein temps par la Croix-Rouge haïtienne depuis quatre ans, il pense que c’est au moins sa 350e session de collecte de sang.

Occin Marie Carmen, 21 ans, est venue donner son sang pour la première fois. Elle fait partie de la multitude de Haïtiens qui s’estiment heureux d’avoir survécu à la catastrophe. Quand la terre s’est mise à trembler, elle rentrait de l’école. Sa maison n’ayant pas subi de sérieux dégâts, la famille dort à nouveau à l’intérieur.

“A chaque fois que j’y repense, je suis terrifiée”, avoue-t-elle.

Karaoké, collation et danse

Dans une autre pièce, Cadet Kientha, 17 ans, distribue des biscuits aux patients qui viennent de passer entre les mains de Friscot. Ce dernier opère avec la plus grande célérité possible, bien entendu dans les limites qu’impose le respect dû aux donneurs.

Une collecte similaire est en cours dans la ville de Hinche, un peu plus au nord. Dans chaque cas, l’objectif est de comptabiliser une cinquantaine de dons, mais, à la fin de la journée, les scores respectifs des différentes sections seront inévitablement comparés.

Pour attirer les donneurs potentiels, le docteur Bernard fait l’animatrice au micro du système de sonorisation, en alternance avec des annonces enregistrées évoquant les activités de la Société nationale. Les donneurs qui attendent leur tour – non sans une certaine nervosité – peuvent ainsi se faire un idée de ce qu’est réellement la Croix-Rouge haïtienne.

La session se conclura avec un karaoké suivi par une collation de plats cuisinés et une soirée de danse.

Mirebalais n’est probablement pas le plus mauvais endroit pour tenter d’oublier un peu, ne serait-ce que pendant quelques heures, les souffrances et les dévastations engendrées par le tremblement de terre. Il y a eu des blessés, certes, et de nombreuses maisons ont été sérieusement endommagées, mais on n’a eu à déplorer aucun mort.

La maison du président de la section locale de la Croix-Rouge a, elle, été totalement détruite, mais, là encore, il n’y a pas eu de victimes.

Transfusions

Cependant, Mirebalais a accueilli quelque 13 000 rescapés de Port-au-Prince arrivés pour la plupart à pied et qui campent toujours dans les cours de parfaits étrangers, explique le docteur Bernard.

Des blessés sont venus aussi de Saut-d’Eau (Sodo en créole). Célèbre pour ses chutes d’eau sacrées que vénèrent de nombreux Haïtiens, cette petite ville a perdu plus de 40 de ses habitants dans la catastrophe.

Le mois dernier, un stock conservé par la Croix-Rouge à l’hôpital général de Port-au-Prince a permis de maintenir les transfusions pendant les semaines qui ont suivi le tremblement de terre, ce qui a sauvé de nombreuses vies.

Sherley Bernard, qui a fait office de coordinatrice médicale pendant la phase d’urgence, note que certains des postes mis en place en janvier continuent d’assurer des services de premiers secours.

“Nous traitons aussi de nombreux cas de maladies gastro-intestinales et de diarrhée”, explique-t-elle. Toutefois, sur le plan médical, la situation commence à redevenir à peu près normale.

A Mirebalais, en tout cas, il est déjà prévu d’effectuer une nouvelle collecte de sang le week-end prochain.

 

 


15 février 2010


Bonnie Gillespie, Muriel Gavila et Alex Wynter à Port-au-Prince

La plus grande distribution de secours en Haïti au lendemain des premières pluies

 

Ce n’était guère plus qu’une douche à l’aune haïtienne – à peine deux centimètres de pluie pendant la nuit – mais cela a suffi pour former de petits ruisseaux d’eau nauséabonde à travers les campements surpeuplés de la capitale dévastée et pour causer une brève coupure de courant tôt le matin au camp de base de la Fédération internationale qui jouxte l’aéroport.

La première véritable averse depuis le tremblement de terre du 12 janvier qui, selon les dernières estimations du gouvernement, aurait fait quelque 230 000 morts, n’a été qu’un avant-goût de ce qui pourrait se produire quand la saison des pluies démarrera sérieusement vers la fin du mois prochain.

“On peut enregistrer jusqu’à 50 mm de pluie en l’espace de deux heures”, déclare Michaële Gedeon, présidente de la Croix-Rouge haïtienne, qui précise que les précipitations s’accompagnent souvent d’inondations et de vents très violents.

Quant à la saison des ouragans dans les Caraïbes, elle est attendue dans maintenant moins de six mois.

Tout le personnel Croix-Rouge et Croissant-Rouge en charge des abris sait que nous sommes engagés dans une course contre le temps.

La Piste

Dans le cadre de la plus grande distribution de matériel pour abris effectuée à ce jour par le Mouvement, quelque 5000 familles vulnérables ont reçu samedi des bâches goudronnées et de la corde dans le campement provisoire de La Piste, en plein coeur de Port-au-Prince.

Cette opération a été mise en oeuvre par la Croix-Rouge haïtienne avec l’appui de la Croix-Rouge américaine, de l’unité d’intervention d’urgence (ERU) des Sociétés nationales du Bénélux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) et de la Croix-Rouge danoise.

Comme son nom l’indique, le campement de La Piste s’étend sur le site d’un aéroport aujourd’hui désaffecté. Il héberge actuellement au moins 20 000 rescapés du tremblement de terre installés sous des abris de fortune.

“La pluie nous a causé de sérieuses inquiétudes et nous a incité à ne distribuer qu’une bâche au lieu de deux à chaque famille, afin de ne pas épuiser notre stock”, explique Chris Darlington, chef de l’ERU secours de la Croix-Rouge américaine.

“Etant donné la très forte densité de population de Port-au-Prince, bâches et cordes constituent la meilleure solution en attendant des solutions plus durables”, poursuit-il. “Sur de nombreux sites temporaires, il n’y a tout simplement pas assez de place pour dresser des tentes.”

Les résidents de La Piste bénéficient heureusement de latrines et d’un système de drainage aménagés par la Croix-Rouge britannique.

Montagnes

Le jour de la distribution, des queues ont commencé à se former dès trois heures du matin, témoignant du besoin pressant d’équipements pour se protéger des éléments.

Les longues files sinueuses étaient surveillées par une trentaine de volontaires de la Croix-Rouge haïtienne et une douzaine de délégués étrangers.

“Nous sommes très heureux de pouvoir fournir un peu d’aide, mais les conditions sont vraiment très difficiles”, commentait Darlington.

“Nous aimerions faire davantage, mais nous ne pouvons pas nous permettre de distribuer les secours de manière anarchique. Nous appliquons une approche méthodique de l’assistance qui réclame du temps et de l’organisation. C’est un peu comme quand on est coincé dans un embouteillage. On voudrait aller plus vite, mais ce n’est pas possible.”

La semaine dernière – précisément le lendemain de l’averse –, une autre victoire a été remportée sur le front des abris avec la distribution de matériel et de secours divers à 410 familles vivant dans les montagnes qui surplombent Port-au-Prince. Les tentatives précédentes avaient échoué, car les camions ne parvenaient pas à escalader les pentes très abruptes de cette région.

Chaîne humaine

“A cause des débris et de la pente, nous avons dû pratiquement former une chaîne humaine pour acheminer l’aide jusqu’au camp où nous savions se trouver des centaines de familles totalement démunies”, raconte Laurent Van Eeckhout, chef de l’ERU du Bénélux qui a mis sur pied la distribution avec le concours de la Croix-Rouge américaine.

“En accord avec les bénéficiaires, nous avions décidé de procéder à la distribution à l’endroit où la route carrossable se termine, à environ deux kilomètres du site”, poursuit-il. “Mais il fallait encore trouver le moyen d’aider les gens à ramener leurs secours jusqu’au campement. Chaque colis comprend deux bâches, des couvertures, des jerricans, des moustiquaires et des articles d’hygiène. Cela fait du poids.”

Par une chaleur écrasante même sur ces hauteurs, trente-deux volontaires de la Croix-Rouge haïtienne ont passé cinq heures à pousser des brouettes chargées à ras bord afin de retrouver les familles bénéficiaires à mi-chemin.

A ce jour, le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a distribué du matériel pour abris, y compris près d’un millier de tentes, à près de 110 000 personnes au total. Mais environ 1,2 million de sinistrés dorment toujours à l’extérieur, pratiquement démunis face aux pluies abondantes qui vont bientôt arriver et terriblement vulnérables aux risques sanitaires qui en résulteront.

Terrain

Si les agences engagées dans la fourniture de matériel pour abris parviennent à maintenir la cadence actuelle pendant un autre mois, plus de la moitié des personnes résidant dans des campements improvisés auront reçu une forme ou une autre de protection contre les pluies et jouiront d’un minimum d’intimité et de dignité.

Pour diverses raisons, les tentes ne sont plus considérées comme une solution viable.

“Les bâches en plastique constituent un matériel à l’efficacité éprouvée dans les situations de catastrophe”, note Gregg Mcdonald, chef de l’équipe de coordination du ‘shelter cluster’. “Combinées avec des systèmes de fixation adéquats et des matériaux de récupération, elles permettent d’aménager des abris très résistants et pratiquement étanches.”

Michaële Gedeon insiste sur l’urgente nécessité de trouver des sites où aménager des campements supplémentaires et plus sûrs.

“C’est absolument crucial”, affirme-t-elle. “Si nous parvenons à obtenir des terrains, nous avons au moins 5000 volontaires – la moitié de notre effectif national – qui sont prêts à les viabiliser en aménageant des réseaux de drainage et des égouts.”

En tout état de cause, la perspective que de très nombreux sinistrés en soient réduits à affronter la saison des pluies, puis celle des ouragans, avec pour seule protection des fournitures humanitaires d’urgence, des matériaux récupérés parmi les décombres, voire rien du tout pour certains, est extrêmement alarmante.

01/02/2010
Morten Tonnessen-Kroken, Fédération internationale
Beaucoup plus que “une tente, une famille”


La fourniture d’abris est une priorité absolue pour les rescapés du tremblement de terre confrontés à des conditions d’existence extrêmement précaires. “Ma maison s’est effondrée, je n’ai plus rien”, témoigne Evelyn Joseph, qui réside dans un campement improvisé à Carrefour, à la périphérie de Port-au-Prince.

Les frustrations d’Evelyn sont partagées par tous les sinistrés: elle aimerait savoir sur quelle forme de soutien elle pourrait compter pour aménager une sorte de foyer temporaire dans les décombres de sa maison. Aujourd’hui, elle recevra au moins un peu d’aide.

Un gros camion blanc vient d’arriver au camp Frère Salésienne. Le chef du camp écarte la foule des portes du véhicule. Evelyn s’approche. “Qu’est-ce qu’il y a dans ce camion?”

Il est chargé d’énormes rouleaux de bâche goudronnée, mesurant chacun 32 par 2 mètres. “S’il se met à pleuvoir, la situation sera encore plus dure pour tous ces gens”, commente Katharine Ehrman, de la Croix-Rouge allemande.

“C’est pourquoi nous avons amené suffisamment de bâche pour couvrir la totalité du campement. Ainsi, les sinistrés jouiront d’un minimum d’intimité et, surtout, ils seront au sec quand la pluie arrivera.”

1 million de sans-abri

On estime qu’environ 1 million de Haïtiens ont un pressant besoin d’abris. Selon le gouvernement, plus de 235 000 rescapés sont partis dans les campagnes pour chercher refuge auprès de parents ou d’amis.

“Face à la nécessité d’un endroit où s’abriter, les gens sont prêts à envisager toutes les solutions qui se présentent, que ce soit en migrant vers d’autres régions, en s’installant dans un campement de fortune ou en restant près de leurs lieux de résidence d’origine”, explique Frederic Blas, coordinateur des abris pour la Fédération internationale à Haïti.

“Il importe de souligner que, tout en faisant tout notre possible pour améliorer au jour le jour les conditions d’existence des sinistrés, nous devons aussi trouver les moyens d’aider les gens qui choisissent de partir. Cela encouragera ceux qui le peuvent à quitter les campements des zones urbaines, dont le surpeuplement constitue un de nos principaux soucis actuels”, poursuit-il.

Près de la maison

A Port-au-Prince, des dizaines de milliers de personnes sont en effet entassées sur un peu plus de 500 sites dépourvus de toute infrastructure. Davantage encore campent près de leurs maisons, trop effrayées pour se réinstaller dans les murs, mais pas disposées non plus à abandonner le terrain.

“Les gens ne dorment pas dans leurs maisons, mais ils s’en servent néanmoins pour cuisiner et pour entreposer leurs possessions. Ils veulent rester dans leur environnement habituel, où ils peuvent s’entraider entre voisins et partager le peu qui leur reste”, explique Blas.


 

28 janvier 2010

Joe Lowry à Léogane. Croix-Rouge de Norvège

Evaluation et réponse en dehors de Port-au-Prince

 

 

Une équipe Croix-Rouge et Croissant-Rouge s’est rendue à Léogane, épicentre du violent tremblement de terre qui a frappé Haïti voici un peu plus de deux semaines, à deux heures de route au sud de Port-au-Prince. Le stade de football Gustave Christophe, dans le centre ville, est dans un état déplorable. Quelque 10 000 personnes y campent sous de précaires abris, serrées comme des sardines en boîte.

 

Cette agglomération de 180 000 habitants – aujourd’hui, moins les 10 000 ou davantage qui ont péri dans le tremblement de terre – fait penser à Mogadiscio, Monrovia ou Beyrouth en pleine guerre. Pratiquement aucun bâtiment n’est resté debout.

 

On estime que la ville a été endommagée à 80 pour 100, et les rares constructions apparemment indemnes sont fissurées ou touchent des édifices qui devront être rasés.

 

Des membres de la Croix-Rouge haïtienne secondés par des spécialistes de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sont venus contribuer à une enquête multi-sectorielle qui a pour but de compléter les informations issues de récentes évaluations spécialisées.

 

 

Sous tous les angles

 

Jacqueline Frize, qui coordonne la phase initiale du relèvement au sein de l’équipe de la Fédération internationale à Haïti, explique: “Nous n’avons cessé d’évaluer les besoins et de nous efforcer d’y répondre depuis notre arrivée, mais cette fois-ci, il s’agit, dans le cadre d’une mission dirigée par l’unité des Nations unies chargée de la coordination des évaluations en cas de catastrophe, d’examiner la situation sous tous les angles simultanément. Nos volontaires demandent aux sinistrés où ils dorment, où ils font leur toilette, s’ils ont du savon, d’où provient leur nourriture, comment ils cuisinent, s’ils ont un travail – bref, ils tentent de dresser un tableau complet des besoins.”

 

S’appuyant sur l’expérience acquise dans le cadre de l’opération tsunami, la Fédération internationale a intégré le relèvement dans la phase d’urgence de l’assistance. Grâce à l’effectif important des volontaires de la Croix-Rouge haïtienne et à leur solide préparation, cette stratégie complexe a les meilleures chances d’être couronnée de succès.

 

Parmi les dizaines de milliers de sinistrés de Léogane, les volontaires ont interrogé une famille composée d’une grand-mère, d’une mère et de son fils réfugiés dans le campement de Sainte-Croix où les conditions d’existence sont à peine meilleures que dans le stade.

 

Andrée Nirva, 37 ans, s’exprime au nom de sa mère André-Marie et de son fils Dameus, 6 ans. Technicienne médicale jusqu’à la catastrophe du 12 janvier, elle dort aujourd’hui à même le sol sous une bâche en plastique, avec pour tout sanitaire le terrain vague voisin. “Ce n’est pas très agréable, tout le monde peut vous voir”, commente-t-elle.

 

 

“Nous avons faim”

 

Outre sa maison, son emploi et ses vêtements, Andrée a perdu tout son argent et n’a donc plus de quoi acheter à manger. “Nous avons faim et aucun voisin ne partage avec nous”, se lamente-t-elle.

 

Des secours sont arrivés au stade. Une équipe de la Croix-Rouge espagnole et autrichienne fournit 30 000 litres d’eau potable par jour et a entrepris d’aménager dans un premier temps une vingtaine de latrines. Elle s’emploie aussi à promouvoir des principes d’hygiène de base.

 

“L’évaluation nous permettra d’améliorer sensiblement l’aide fournie à Léogane”, déclare Jackie Frize. “Nous savons que les besoins sont énormes et nous faisons tout notre possible pour être en mesure de répondre aux priorités à court, à moyen et à long terme de gens qui ont tout perdu.”

 

 

25 janvier 2010

Joe Lowry, Fédération internationale, à Haïti

Haïti : Tessa a la Croix-Rouge dans le sang

 

 

Tessa a 22 ans et la vie devant elle. Elle venait de décrocher un diplôme universitaire en biologie et santé publique en Floride quand, le 16 décembre, elle est rentrée à Haïti pour faire une pause, chercher un travail, réfléchir à son avenir dans ce pays qu’elle aime profondément.

 

Puis, d’une minute à l’autre, le monde a basculé. Bien que sa famille ait été épargnée par la tragédie, Tessa ne s’est pas interrogée un instant sur l’endroit où elle devait aller: la Croix-Rouge. Fille du docteur Guiteau Jean-Pierre, membre du comité exécutif de la Société nationale, elle s’est comme des milliers d’autres portée volontaire dans les heures qui ont suivi la catastrophe.

 

 

Sa formation et sa parfaite maîtrise de trois langues faisaient d’elles une recrue de choix pour travailler comme coordinatrice auprès de l’hôpital de campagne de la Croix-Rouge allemande à Delmas, un arrondissement de la capitale très durement éprouvé. La dévastation qui l’entoure et les horreurs qu’elle voit et entend jour après jour l’ont quelque peu ébranlée.

 

“J’aime tant ce pays”, soupire-t-elle. “Mais je ne sais pas si l’espoir reviendra jamais, au point que je me demande si je dois vraiment rester, si je peux fonder une famille ici. Je ne sais plus. C’est tellement triste.”

 

Mais Tessa se reprend vite, habitée par la conviction qu’elle a pris la bonne décision, la seule qui lui permette d’aider ceux qui ont eu moins de chance.

 

“Peut-être que l’espoir reviendra, après tout. C’est un pays tellement formidable.”

 

 

24 janvier 2010

Joe Lowry, Fédération internationale, à Haïti

Haïti : soigner les coeurs et les esprits

 

Pour la première fois, le soutien psychosocial fait partie intégrante d’une opération de secours de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Et cela change radicalement les choses pour des centaines de rescapés du tremblement de terre, en les aidant à exprimer leur peine, leurs inquiétudes, leurs peurs.

 

Trois jours à peine après son arrivé à Port-au-Prince, Ea Akasha, chef de l’équipe de soutien psychologique de la Croix-Rouge danoise, s’occupe déjà de quelque 150 personnes par jour avec le concours des volontaires de la Croix-Rouge haïtienne.

 

Forts de l’expérience acquise dans le cadre de l’opération tsunami, Ea et ses collègues s’appliquent à apprendre comment les gens ont l’habitude de s’exprimer, à découvrir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, tout en veillant à respecter leur dignité et leur intimité.

 

“Nous parlons avec les gens avant qu’ils ne voient le médecin. Ce sont littéralement des premiers secours psychologiques – une aide cruciale pour ceux qui ont tout perdu”, explique Ea. “Nous essayons de comprendre qui ils sont en les encourageant à nous raconter leur histoire. Les faire parler contribue à activer leurs mécanismes d’adaptation, cela les aide à affronter la réalité et à reprendre pied dans la vie courante.”

 

Ea a constaté que beaucoup de rescapés du séisme parlent de suicide. “C’est atypique”, commente-t-elle. “Il faut être extrêmement affecté pour envisager le suicide. Par ailleurs, ces gens trouvent une force considérable dans leur foi. C’est elle qui leur permet d’aller de l’avant.”

 

 

24 janvier 2010

Joe Lowry, Fédération internationale, à Haïti

Haïti: Joe, le garçon de nulle part

 

Notre première rencontre avec Joe a été bouleversante.

 

A peine capable de s’asseoir, il s’affairait à épousseter le carton qui lui tenait lieu de matelas. L’air hébété, il préparait un coin propre pour dormir, comme l’aurait fait sa mère, avant de sombrer dans un sommeil quasi comateux.

 

Joe était arrivé de nulle part. Quelqu’un l’avait trouvé nu sur le sol, puis on l’avait amené à l’hôpital de campagne de la Croix-Rouge de Norvège installé au coeur de la capitale dévastée.

 

Mageli Saint-Simon, une volontaire de la Croix-Rouge haïtienne spécialisée dans le soutien psychologique, s’est occupée de lui. “Il était blessé à la tête”, raconte-t-elle. “Et il était malade, peut-être le paludisme, peut-être la typhoïde.”

 

Mageli s’est efforcée d’établir un contact et, au bout d’un ou deux jours, elle a réussi à apprendre son nom. Elle lui a donné un crayon et une feuille de papier sur laquelle le garçon a dessiné sa mère et son père. Ensuite, elle lui a donné un téléphone jouet.

 

“Il s’est aussitôt mis à parler à sa mère. Je lui ai demandé ce qu’elle disait. Il m’a répondu: “Elle me dit de ne pas la chercher, qu’elle est morte”.

 

“J’ignore comment il a pu le savoir, peut-être quelqu’un lui a-t-il annoncé la nouvelle avant qu’il ne s’égare.”

 

Trois jours plus tard, Joe va nettement mieux. Il est toujours malade, mais il boit et prend un peu de nourriture. Il nous dessine une croix. Je lui dis que je m’appelle Joe, ce qui me vaut un regard long et intense de sa part. C’est un petit garçon très beau et fragile, qu’un léger strabisme fait paraître plus vulnérable encore. On a envie de le prendre sous son aile.

 

Mageli acquiesce. “Il faut bien se connaître soi-même pour comprendre les autres. C’est pour ça que je m’occupe de Joe, pour comprendre ce dont il a besoin. Je n’ai pas d’argent à donner, mais je peux aider les autres d’autres façons.”

 

Si Joe n’a plus de parents pour veiller sur lui, il ira dans un orphelinat dès qu’on pourra trouver une organisation capable de le suivre comme il convient. Il s’en sortira. C’est un battant.

 

23 janvier 2010

Texte de Gennike Mayers

La santé dans les situations d’urgence

 

Le tremblement de terre du 12 janvier a plongé le système de santé de Haïti dans une situation de crise. Dans de telles circonstances, le risque de mortalité augmente du fait que de nombreuses fractures et autres blessures demeurent sans soins. Pour compenser en partie les défaillances du système, les Sociétés de la Croix-Rouge norvégienne et canadienne ont mobilisé un hôpital d’urgence à déploiement rapide destiné à assurer à l’Hôpital Universitaire de Haïti un appui sous la forme de services de chirurgie, de lits, d’éclairage, d’autoclaves, de génératrices et de tentes.

 

Marie-Solange Falaise fait partie des nombreux patients qui ont bénéficié de ce partenariat. “Un mur s’est écroulé sur moi alors que je me précipitais hors de la maison pendant le tremblement de terre”, raconte cette mère de cinq enfants. La blessée a sollicité l’assistance des médecins de la MINUSTAH postés sur la Route des Frères. Toutefois, la gravité des lésions réclamait des soins complémentaires, aussi l’a-t-on orientée vers la Croix-Rouge locale à Croix des Bouquets. De là, elle a été adressée à l’hôpital général où la Croix-Rouge de Norvège avait installé un hôpital de campagne sur le terrain jouxtant les bâtiments gravement endommagés.

 

Mona Jean-Baptiste, une de ses filles, veille sur la patiente qui, couchée sur une civière, attend de recevoir des soins. Elle-même ne présente pas de traces apparentes de blessures. Lorsqu’on lui demande si elle s’inquiète pour sa mère, elle répond avec un sourire: “Non. Je ne me fais pas de souci. Elle se remettra. C’est une femme forte.”

 

Ilan Klein, auxiliaire médical du Magen David Adom (la Croix-Rouge israélienne), est venu chercher Marie-Solange sous la tente avec des volontaires locaux pour l’emmener en salle d’opération. La jambe présente une vilaine fracture qui réclame des soins attentifs. Environ 45 minutes plus tard, la patient sort de la salle d’opération, la jambe fraîchement plâtrée. Encore sous l’effet de l’anesthésie, elle ne peut pas parler, mais sa fille se charge de remercier l’équipe médicale.

 

La forte réplique sismique ressentie le 20 janvier est venue ranimer l’anxiété générale et compliquer encore un peu les choses, les patients comme le personnel médical étant réticents à réintégrer les bâtiments. “Sept bâtiments qui étaient plus ou moins utilisables ont été évacués. Certains continuent de servir d’entrepôts, mais toutes les salles sont à présent hors service. Bien que des ingénieurs aient vérifié l’état des bâtiments, personne ne veut retourner à l’intérieur”, explique Hossam Elsharkawi, membre de l’unité d’intervention d’urgence.

 

Des services de soutien psychologique ont été mis en place afin d’aider les patients et le personnel à surmonter leurs traumatismes. Vanessa Pierre-Louis, volontaire à la Croix-Rouge haïtienne, a reçu une formation au soutien psychosocial. “Il y a beaucoup de personnes souffrant de lésions physiques, mais davantage encore qui ont besoin d’une aide psychologique. C’est dur, mais la vie continue. Nous devons garder espoir”, déclare-t-elle

 

22 janvier 2010

Texte de Gennike Mayers

Des besoins simples, une logistique complexe

 

 

 

Des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge du monde entier ont mobilisé le ‘pouvoir de l’humanité’ dans leurs pays respectifs en soutien à la population haïtienne.

 

 

 

 

 

 

 

Ici, à Haïti, Guetson Lamour, administrateur et responsable de la logistique à la Croix-Rouge travaille sans relâche pour faire en sorte que ce formidable élan de solidarité bénéficie le plus rapidement possible aux sinistrés. Membre du comité national de gestion des catastrophes, la Croix-Rouge haïtienne travaille en étroite liaison avec le gouvernement. La récente tragédie a mis en évidence l’importance cruciale du partenariat entre les organisations internationales, les agences gouvernementales, les donateurs et, bien sûr, les communautés affectées qui se sont constituées en comités afin de pouvoir bénéficier d’un droit de regard systématique sur l’assistance.

 

Des denrées alimentaires pour 6000 familles ont été envoyées à Haïti par la Croix-Rouge colombienne au nom du gouvernement et du peuple colombiens. “Nous travaillons main dans la main avec la Croix-Rouge haïtienne et la Fédération internationale pour mobiliser des secours sous différentes formes”, explique Luis Fernando Guerrero, coordinateur de la logistique à la Croix-Rouge colombienne. “Nous avons participé aux opérations de recherche et de sauvetage, nous sommes engagés dans les efforts de rétablissement des liens familiaux et nous procurons une aide alimentaire aux sinistrés.”

 

Le Croissant-Rouge turc a quant à lui expédié à Haïti dix tonnes de couvertures, tentes, moustiquaires, ustensiles de cuisine et autres secours matériels. De l’aide est venue également des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge d’Autriche, du Canada, de Finlande, d’Islande, d’Iran, du Japon, du Mexique, de Norvège, de Trinité-et-Tobago et elle va continuer d’affluer en masse dans les semaines à venir. Lamour explique que les secours envoyés à la Croix-Rouge haïtienne par la communauté internationale sont dédouanés à l’aéroport et répartis dans des entrepôts avant leur distribution. Au préalable, les volontaires de la Croix-Rouge procèdent à une évaluation détaillée des besoins et enregistrent les bénéficiaires, de façon à permettre un déroulement optimal des opérations. A ce jour, ils ont visité 314 camps de fortune disséminés à travers la capitale Port-au-Prince. On estime que 600 000 à 700 000 personnes ont besoin de nourriture, d’eau, d’abris et de soins.

 

La Croix-Rouge s’emploie inlassablement à leur offrir aide et réconfort, et à leur redonner espoir.

 

21 janvier 2010

Joe Lowry, Fédération internationale, à Saint-Domingue

La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge se battent pour régler les problèmes de logistique aérienne et terrestre.

 

La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge travaillent dur pour tenter de régler les nombreux problèmes de logistique auxquels se heurtent les efforts d’assistance depuis le tremblement de terre de mardi dernier à Haïti. Une opération de secours complexe et de grande envergure est en cours et, déjà, les effets s’en font sentir.

 

Les responsables de la logistique à Haïti comme en République dominicaine voisine admettent que l’opération est toutefois entravée par de sérieuses difficultés.

 

“La circulation est fortement congestionnée aussi bien sur terre que dans les airs” note Peter Pearce, qui supervise la logistique de tous les vols Croix-Rouge et Croissant-Rouge arrivant à Saint-Domingue. “Quand nous parvenons à faire atterrir tous nos avions, se pose alors le problème de l’entreposage, car les installations à disposition sont insuffisantes pour absorber un tel volume de secours, sans compter que beaucoup d’entre elles ont été lourdement endommagées par la catastrophe.”

 

Cela étant, il convient de souligner que l’aéroport de Port-au-Prince, qui avait lui aussi subi de graves dégâts, tourne à présent à 170 pour 100 de sa capacité habituelle.

 

Pearce, qui se trouve à Saint-Domingue depuis jeudi dernier, va prendre la tête de l’ERU d’assainissement de masse de la Croix-Rouge britannique qui partira vendredi pour Haïti. Une équipe similaire déployée par la Croix-Rouge australienne est déjà en place. Ensemble, les deux unités assureront à environ 40 000 personnes des services sanitaires de base.

 

Le travail en République dominicaine bénéficie du concours de centaines d’employés et de volontaires de la Société nationale, dont le siège vibre littéralement sous l’effet de l’influx nerveux que génèrent toujours les opérations d’une telle ampleur.

 

“La Croix-Rouge dominicaine a accompli un travail de mobilisation extraordinaire et l’énergie dépensée par ses volontaires en soutien à cette opération est vraiment très impressionnante”, commente Pearce.

 

 

20 janvier 2010

Gennike Mayers, Fédération internationale, à Port-au-Prince

La Croix-Rouge haïtienne continue de distribuer une aide d’urgence

 

Les employés et les volontaires de la Croix-Rouge haïtienne, secondés par les Sociétés de la Croix-Rouge belge, néerlandaise, luxembourgeoise et française, s’activent à distribuer des secours non alimentaires dans un centre d’hébergement temporaire baptisé Daihatsu, le long de la route qui mène à l’aéroport de Port-au-Prince.

 

Tanya Petit-Frère, rescapée du tremblement de terre, a été une des premières à recevoir un assortiment comprenant des couvertures, des bâches, des ustensiles de cuisine et des articles d’hygiène.

 

Cette mère de 23 ans, enceinte d’un bébé à naître en avril, est coiffeuse de profession. Découvrant que son colis contenait un peigne, elle a aussitôt offert ses services pour coiffer ses compagnons d’infortune.

 

Le 19 janvier, plus de 300 personnes ont bénéficié de ces distributions et celles-ci se poursuivent maintenant dans d’autres secteurs parmi lesquels Croix des Prés, Camp Simon et Camp Pélé.

 

“Notre dernière grande mobilisation remonte à 2007, après la tempête tropicale Noël qui a frappé l’agglomération de Nippes”, rapporte Ferna Victor, responsable à la Croix-Rouge haïtienne. “Lors de cette catastrophe, nous avions dû former des volontaires sur le tas. Mais, aujourd’hui beaucoup ont déjà plusieurs années d’expérience.”

 

Ferna Victor s’occupe de coordonner les activités de 13 branches et plus de 110 sections locales à travers tout le pays.

 

“A présent, nous sommes des spécialistes”, affirme Olwich Bazile, volontaire à la Croix-Rouge et étudiant en économie dans une université qui a été détruite par le séisme. Martine Saint-Louis, infirmière et volontaire elle aussi, commente: “La Croix-Rouge a besoin de toutes les bonnes volontés, c’est pourquoi nous sommes ici”.

 

Les équipes de la Croix-Rouge continue de visiter les campements de fortune éparpillés à travers la capitale afin d’évaluer les besoins des sans-abri. Beaucoup de sinistrés dont les maisons sont encore debout préfèrent rester eux aussi à l’extérieur par peur des répliques qui pourraient porter un coup fatal à leurs habitations fragilisées par le séisme.

 

19 janvier 2010

Gennike Mayers, Fédération internationale, à Port-au-Prince

Les volontaires de la Croix-Rouge haïtienne pansent les plaies des rescapés du tremblement de terre

 

Une semaine après le tremblement de terre qui a ravagé Haïti, la Croix-Rouge continue de soigner les blessés.

 

Une équipe de dix-huit volontaires de la Croix-Rouge haïtienne s’active sur le parking de l’hôpital de Canapé-Vert. De l’aube jusqu’à tard dans la soirée, ils s’emploient à panser d’innombrables plaies et blessures tout en réconfortant les patients.

 

Depuis le tremblement de terre du 12 janvier, Michelle Yvétia, Emmanuella Michel et leurs collègues ont assisté chaque jour entre 150 et 200 personnes. Infirmières de profession, les deux femmes ont laissé leur famille à Gonaïves pour venir prêter main forte à la Croix-Rouge à Port-au-Prince.

 

Les docteurs Jean-Joseph Samedy et Paul-Marcel Barthélemy ont eux aussi rejoint l’équipe.

 

“Je n’avais jamais travaillé pour la Croix-Rouge auparavant, mais devant cette tragédie, il n’y a plus que des Haïtiens et des êtres humains qui doivent unir leurs forces”, commente le docteur Samedy.

 

Le docteur Barthélemy, établi comme généraliste depuis deux ans, travaille en temps normal à l’hôpital général.

 

“L’hôpital a épuisé tous ses stocks. Nous n’avions plus rien pour faire notre travail, alors je suis venu offrir mes services ici”, explique-t-il.

 

Orémise Exantis est une des centaines de patients qui ont bénéficié de l’aide mobilisée par la Croix-Rouge.

 

“Regardez ma tête. Ma maison s’est entièrement écroulée sur moi. Par bonheur, mes enfants n’ont rien eu”, raconte-t-elle. “J’ai de la chance d’avoir trouvé de l’aide.”

 

Les efforts de la Croix-Rouge haïtienne sont soutenus par tout le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dont plus de 400 délégués, y compris 180 des Caraïbes, de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud, sont déjà arrivés à Port-au-Prince, des dizaines d’autres s’apprêtant à les rejoindre.

 

 

18 janvier 2010

Gennike Mayers, Fédération internationale, à Port-au-Prince

Haïti : Sauver des vies et soigner les blessés

 

Dimanche matin, les habitants de Port-au-Prince ont une nouvelle fois été réveillés par une réplique du séisme qui a frappé l'île mardi 12 janvier. Des cris de peur et des aboiements de chiens ont empli la ville plongée dans le noir, où l'éclairage est quasi inexistant et où des abris de fortune ont été installés par la population dans les parcs et espaces ouverts.



Progressivement, les cris font place au bruit des avions cargo qui atterrissent à l'aéroport international.



Quatre avions chargés de matériel d'urgence se posent toutes les heures. Cinq jours après le séisme, des survivants continuent d'être sortis des décombres, mais la gestion des opérations de secours s'avèrent complexes et des décisions sont prises chaque minute sur la suite à leur donner.



Soigner les urgences

Soigner les blessés reste une priorité. Les espaces verts situés devant l'hôpital universitaire, qui a été partiellement détruit par le séisme, font office de salle des urgences. Tout l'espace disponible, y compris les rues qui entourent le bâtiment, est occupé par des lits.



Et pendant que les mères s'occupent de leurs enfants blessés et que les gens se soutiennent mutuellement, les médecins de la Croix-Rouge canadienne et de la Société nationale, soutenus par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, tentent de se frayer un chemin au milieu des lits. La Croix-Rouge norvégienne est en train d'installer un hôpital de campagne dans cette zone; les caisses contenant le matériel médical sont déchargées à la nuit tombée.

« Je ne pourrai jamais assez vous remercier d'être venu de si loin pour aider notre pays. Cette catastrophe restera dans nos mémoires pendant de nombreuses années, de même que ceux que nous avons perdu », déclare le docteur Michaele Gedeon, Présidente de la Croix-Rouge haïtienne et ancienne ministre de la Santé publique avant de se diriger rapidement vers l'hôpital pour obtenir un état de la situation et des besoins médicaux.

 



Une Société nationale durement touchée

Où qu'elle aille, elle est saluée par le personnel et malgré l'immense responsabilité qui lui incombe, prend le temps d'évaluer soigneusement les besoins des blessés afin de mieux coordonner les efforts de secours menés au nom de la Croix-Rouge haïtienne, qui a aussi été durement touchée par la catastrophe.



« Les bâtiments pourront être reconstruits", dit-elle dans une voix basse. « La situation est beaucoup plus dramatique en ce qui concerne les volontaires et les secouristes. »



Avant que le séisme ne frappe, plus de 8000 personnes s'étaient présentées à la Croix-Rouge pour recevoir une formation aux premiers secours, ce qui a permis de renforcer la capacité d'intervention de la Société nationale, qui comptaient déjà plus de 2000 volontaires. On craint que nombre d'entre eux aient perdu la vie dans la catastrophe.

 



Appel de la Fédération internationale

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a lancé un appel de 105,7 millions de francs suisses (USD 103 millions / EUR 73 millions) afin d’assister 300 000 personnes pendant trois ans.



Mauricio Bustamante, coordinateur des opérations de la Fédération internationale à Panama, a indiqué qu’une aide importante serait apportée à la Société nationale. « Nous prévoyons de fournir un soutien à long terme à la Croix-Rouge haïtienne afin de lui permettre de se reconstruire et d'être plus forte dans les mois et les années à venir. »

 

 

18 janvier 2010

Gennike Mayers, Fédération internationale, à Port-au-Prince

Haïti : Courage et résilience face à la catastrophe

 

Depuis le séisme qui a frappé Haïti, mardi, des milliers de personnes sont sans-abri et dans une situation désespérée. Tous les habitants ont été touchés. Pourtant, au milieu de cette dévastation, certains ont trouvé le temps et l'énergie pour ouvrir leur cœur et leur maison aux moins chanceux.

 

Evince Ridorée, un haïtien au grand cœur, est venu au local du Comité de la Croix-Rouge à Pétionville afin de chercher de l'aide pour les milliers de personnes déplacées qui ont trouvé refuge dans la mission "Chez les Frères”, dans le district de Canapé Vert.

 

 

Un toit pour les sans-abri

La mission a ouvert ses portes aux résidents des environs dont les maisons ont été littéralement soufflées par le séisme. Frère Géniaud Lauture, directeur de la mission explique: « Ces gens n'ont nulle part où aller, alors ils sont venus ici. Nos bâtiments aussi ont été endommagés, mais nous disposons d'un grand espace ouvert pour les accueillir. Ils sont plus en sécurité ici que dans la rue. Par chance, nous avons de l'électricité et de l'eau, mais nous ne pouvons leur apporter la nourriture et les soins dont ils ont besoin. »

 

A l'ombre de pins, à quelques mètres d'une mer de tentes improvisées, Pluviose Louken, un volontaire de la Croix-Rouge, gère un dispensaire installé à l'arrière d'un camion. Arborant un bavoir de la Croix-Rouge américaine, symbole de l'étroite collaboration qui existe entre les Croix-Rouge haïtienne et américaine, Pluviose Louken prodigue des soins aux personnes qui ont été légèrement blessées dans le séisme.

 

"Je peux aider ceux qui ont eu moins de chance que moi"

 

Pluviose Louken est volontaire à la Croix-Rouge haïtienne depuis trois ans. Il a reçu une formation aux premiers secours et en matière de gestion sanitaire des situations d'urgence. Avant le séisme, Pluviose Louken, qui est informaticien de profession, travaillait comme volontaire à la Croix-Rouge pendant son temps libre. Aujourd'hui, il y consacre tout son temps. « Je n'avais nulle part où aller, alors je suis venu ici. Ma maison a été détruite. Ma famille va bien. Certains de mes cousins ont été blessés, mais rien de grave. Ici, je peux aider ceux qui ont eu moins de chance que moi. »

 

Malgré la générosité de Frère Lauture, la persévérance d'Evince Ridorée, l'engagement de Pluviose Louken et l'enthousiasme de nombreux autres volontaires, une grande partie de la population haïtienne attend désespérément une aide. « Les gens veulent aider, mais ils n'ont pas le matériel nécessaire. Nous n'avons rien », confie Pluviose Louken. L'assistance humanitaire est essentielle, mais elle ne doit pas faire oublier que les habitants d'Haïti auront également besoin du soutien de la communauté internationale lors de la phase de relèvement qui suivra la catastrophe pour reconstruire leur pays et leur famille.

 

 

 

17 janvier 2010

Gennike Mayers, Fédération internationale, à Port-au-Prince

 

 

 

Dans la banlieue de Pétionville, à Port-au-Prince, une équipe de la Croix-Rouge haïtienne a assuré des premiers secours vitaux à des centaines de personnes blessées lors du tremblement de terre.

 

 

Dans le square Saint-Pierre à Pétionville, un faubourg à l’est de Port-au-Prince, des centaines de rescapés du tremblement de terre ont installé un camp de fortune, aménageant des tentes au moyen de draps, de rideaux ou autres matériaux récupérés dans les décombres de leurs habitations.

 

A quelques mètres de là, une petite section de la Croix-Rouge a établi son centre d’opération dans un parking adjacent à la mairie. L’endroit ne correspond pas vraiment à l’idée qu’on se fait d’un poste de premiers secours – l’espace est étriqué et encombré de voitures. Mais cela fait partie des désagréments qu’il faut bien accepter si l’on veut pouvoir assister les blessés, explique un volontaire.

 

“Ce n’est sans doute pas le lieu idéal, avec toutes ces voitures, mais les gens affluent et nous leur prodiguons les soins dont ils ont besoin”, déclare Rita Aristide, volontaire à la Croix-Rouge haïtienne depuis 1999. “Nous avons déjà pansé des centaines de plaies.”

 

 

Les lésions vont des simples éraflures aux plaies les plus profondes, y compris à la tête, en passant par des fractures aux bras ou aux jambes.

 

Le docteur Grégory Gué, un médecin de Jacmel, au sud, est venu à Port-au-Prince offrir ses services à la Croix-Rouge.

 

“Je suis là où je dois être. Nous avons le devoir de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les sinistrés. Haïti a besoin de toute l’assistance qu’on peut lui apporter. L’aide extérieure va bientôt arriver, mais, dans l’intervalle, nous devons nous soutenir les uns les autres”, déclare-t-il.

 

Parmi la foule des blessés secourus par le docteur Gué et les secouristes de Croix-Rouge se trouvent deux femmes enceintes touchées au dos par des débris. Elles ont été amenées sur des brancards depuis le square voisin. L’une d’elles a perdu son enfant. Les blessés les plus graves, comme ces deux femmes, sont transférés à l’hôpital le plus proche après avoir reçu les premiers soins.

 

Le 16 janvier, un convoi routier de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en provenance de Saint-Domingue, en République dominicaine, est arrivé à Port-au-Prince. Il apportait, entre autres, un hôpital de campagne de 50 lits. Un peu plus tôt dans la journée, la première de trois unités d’intervention d’urgence spécialisées dans les soins de santé de base avait atterri à l’aéroport de la capitale. Elle va assurer des services limités, mais vitaux à quelque 30 000 personnes.

 

 

17 février 2010
Bonnie Gillespie, Mat Morgan et Alex Wynter à Jacmel, Haïti

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